Il n’y a pas si longtemps de ça, j’expliquais que le vin n’était pas seulement 3 couleurs, mais qu’une quatrième couleur existait : l’orange. C’était sans compter la dernière invention marketing dans le monde du vin : le vin bleu.

Vous réunissez un groupe de jeunes Espagnols, certains dessinateurs, d’autres chimistes ou artistes. Vous remuez le tout et vous obtenez un vin hors du commun : Gik.

Le vin bleu de l’innovation

La dernière fois qu’on entendait parler de vin bleu, c’était dans les années 60 quand Yves Klein faisait le vernissage de son exposition du vide. Mais pour obtenir cette couleur bleue très atypique, du bleu de méthylène était utilisé et des études scientifiques pointent du doigt le risque lié à boire ce genre de composé. Cette « nouvelle version » est obtenue grâce à un assemblage de vin blanc et rouge, de pigments indigo et des anthocyanes (ce sont des pigments naturels présents dans la peau du raisin).

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Lorsque l’on demande à ces jeunes gens pourquoi faire un vin bleu, ils répondent simplement « et pourquoi pas ? », en précisant tout de même sur le site Gik que la couleur bleue n’a pas été choisie par hasard. En psychologie, le bleu fait référence à l’innovation, au mouvement et au changement.

Un vin noctambule

Personne ne peut se tromper sur la cible assumée par cette équipe un peu folle : les jeunes à la recherche d’une boisson étonnante et qui n’a pas de préjugés sur le vin. Nous verrons peut-être un jour cette bouteille trôner à côté du Curaçao dans les soirées étudiantes ou en boîte de nuit. La boisson affiche un degré d’alcool de 11,5 et se boit fraîche. Le vin est déjà disponible sur le site internet pour 10 €.

Le vin bleu essaie de renaître de ses cendres

En Août 2016, la start-up basque nommée Gïk avait lancé la production de son vin bleu. Peu de temps après, elle s’est vu interdire par l’administration espagnole la commercialisation de sa boisson.

C’était une histoire courue d’avance pour le vin bleu et pourtant les 5 jeunes espagnols à l’origine du vin bleu n’avait pas l’air d’y être préparé. Après un lancement en grande pompe, relayé par les médias et blogueurs, le vin bleu a suscité les interrogations, l’intérêt curieux puis l’agacement des observateurs. En Août 2016, Gïk reçoit la visite d’inspecteurs rattachés au ministère espagnol de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Industrie Alimentaire. Le vin bleu est jugé « irrégulière car non conforme à des standards établis par la législation du vin en Espagne. ». Le vin est alors saisi et la société reçoit une amende de 35’000€.

Le vin bleu n’est plus !

La couleur bleue de ce vin devait être un atout, mais elle s’est vite transformée en faiblesse pour Gïk. En réalité, la visite des inspecteurs a été motivée par un rapport établit par l’industrie du vin espagnol.

Pour produire son vin bleu, la société mélange des cépages blancs et rouges, puis y ajoute deux pigments : du bleu indigo et anthocyane, obtenus par la peau des raisins utilisés pour produire le vin. En somme, un vin obtenu uniquement avec du raisin. Pourtant, il semblerait qu’il ne respecte pas les critères de couleur et ne rentre pas dans le cadre législatif. Le produit n’a plus le droit de s’appeler  « vin bleu », mais rentre dans la catégorie des « autres boissons alcooliques ». Désormais la composition du Gïk affiche 99% de vin et 1% de moût de raisin.

L’affaire parait invraisemblable, l’alcool rencontre moins de difficulté à l’international que dans son propre pays. Le vin produit par Gïk est parvenu à s’exporter aux États-Unis et au Japon.

Je l’ai testé pour vous…

Étant curieux de nature, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai commandé une caisse de trois bouteilles de Gïk pour tester cette petite innovation. En quelques jours seulement, je récupère mon précieux colis dans une salle de sport près chez moi. Autant vous dire que mettre les pieds dans une salle de sport pour récupérer du vin était déjà une expérience déroutante, mais elle n’était pas finie !

Après avoir réunit quelques personnes pour partager ce moment, je décide de passer le flacon au Chiller – ayant oublié de la mettre au frais avant –. La couleur intrigue l’assemblée et les premiers avis négatifs apparaissent : « Ceci n’est pas du vin ! ».

Une fois la bouteille débouchée, nous plongeons tous religieusement notre nez dans le verre. Bien que la couleur soit inquiétante, les arômes qui se dégagent du vin sont plutôt agréables. On y retrouve une certaine fraîcheur qui s’en dégage avec des notes de fruits frais à peine cueillis de l’arbre. Ce nez plutôt flatteur donne envie d’y plonger les lèvres pour savoir enfin ce qu’il en est…

… Et c’est vraiment mauvais

C’est à ce moment là que tout dérape ! Alors que le nez est agréable, la bouche est très largement décevante. La langue et les papilles deviennent rapidement pâteuses à cause d’une lourdeur sucrée anormale. On s’imagine déjà le maître de chai balancer des kilos de sucre dans la cuve pour gommer l’acidité de son vin.

Pire encore, un insupportable goût indescriptible se fait ressentir pendant de longues secondes. Alors que n’importe quel amoureux du vin ne jure que par la longueur, c’était la première fois que je la regrettais. On a l’impression de goûter à de la chimie, comme si les arômes n’étaient pas naturels. Vous l’aurez compris, je ne souhaite cette expérience à personne…

Avez-vous déjà goûté au vin bleu ?
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Le vin bleu, pas si naturel…

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Les doutes planaient depuis longtemps. Des étudiants en Chimie Analytique et Instrumentation de l’université Toulouse III ont analysé les vins bleus Imajyne et Vindigo. Ils ont percé le secret de la couleur bleue soit disant naturelle…

Apparu en 2015, ce vin étonnant se voulait novateur. Certains de ces vins bleus se ventaient d’être naturels et la couleur  obtenue par un procédé de vinification très particulier reposant sur les anthocyanes présents dans la peau du raisin rouge.

Dans la revue scientifique European Food Research and Technology, ils démontrent grâce à différentes techniques d’analyse que la couleur bleue est obtenue par l’ajout de E133. Cet additif alimentaire est un colorant utilisé notamment dans le Curaçao.

Souvenez-vous, j’avais partagé en 2018 sur la page Facebook de Beaux-Vins un article de Sciences et Avenir : Vin « naturellement » bleu venu d’Espagne : un problème de chimie… et d’oenologie. Cet article expliquait déjà que les anthocyanes sont de couleur rouge dans le vin, qui est un milieu acide, et ne peuvent être bleues qu’en milieu basique.

Le vérité a finit par éclater, la couleur envoutante du vin bleu provient simplement d’un colorant alimentaire ajouté et non d’un processus de vinification novateur.

Il n’y a donc plus de mystère, la belle couleur « naturelle » de ces vins bleus provient de l’ajout d’un colorant synthétique…

… Imajyne se défend

Le viticulteur corse derrière le vin bleu « Imajyne » explique pour sa part que les chercheurs se sont trompés. Selon lui, Il utilise des sels minéraux, un composant de l’E133.

« Les étudiants c’est une chose, mais ils peuvent se tromper. Nous avons demandé à un cabinet reconnu d’analyser notre vin, et nous rendrons publics les résultats dès que nous les recevrons. Pour montrer que l’E133 n’apparaît nulle part. ».

Ils brandissent aujourd’hui un rapport d’analyses qui prouverait le contraire.

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Ce document remet en cause les résultats de a revue scientifique.

« Tout le monde peut voir sur ce document les taux de colorants relevés dans notre vin. Il n’y en a pas. Alors maintenant, je voudrais que tous ceux qui nous ont attaqué depuis des jours et des jours nous montrent les chiffres précis de l’étude qui nous a mis en cause. Celui-là, le rapport d’analyses, on l’attend toujours… »

Faisant état d’un « procédé breveté », sa Boisson Aromatisée à Base de Vin utiliserait 0,2 mg/l de sels minéraux pour stabiliser la couleur obtenue après « des vendanges de nuits trempées dans l’eau de mer et vinifiées avec des algues, levures marines et sels minéraux »…

Jean-Nicolas Mouretin

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