Au cours de cette période un peu trouble que nous traversons, certains sujets semblent plus abordés que d’autres. La Covid-19 a eu un tel impact, qu’aujourd’hui encore, je partage des articles sur son influence dans le monde du vin dans mon compte-rendu quotidien des 10 temps forts du monde du vin sur Twitter. Avec l’ampleur du mouvement Black Lives Matter, il n’aura pas fallut attendre longtemps pour lire des articles sur le racisme du vin… Décrire un vin fait-il de nous un raciste, élitiste et sexiste ? Retour sur ce sujet polémique avec le blog sur le vin Beaux-Vins…

La question de la diversité du vin commence par la façon dont nous parlons du goût du vin

Ce titre, aussi aguicheur que long, nous vient d’Esther Mobley. Cette dernière est une critique de vins  pour le San Francisco Chronicle depuis 2015 et a signé l’article : « Wine’s diversity issue starts with the way we talk about the taste of wine »

D’après ses dires, elle a beaucoup réfléchi cet été à l’impact des mots. Elle s’est alors rendu compte que le lexique utilisé pour décrire un vin était tout autant raciste, élitiste que sexiste.

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Le monde du vin est élitiste

Les descripteurs utilisés pour décrire un vin semblent parfois bien obscurs pour les non-connaisseurs : empyreumatiques, vieux bandages, ambre gris…

De nombreux autres descripteurs semblent élitistes aux yeux de notre chroniqueuse. En effet, le monde du vin s’ancre dans l’Histoire européenne et tout particulièrement française. Ainsi, Esther Mobley nous explique avoir utilisé des descripteurs comme « pâte de fruit » pendant des années sans pour autant en avoir déjà goûté.

De fait, cette terminologie française serait une barrière évidente à la découverte du vin pour une personne non européenne. Il faut alors posséder une bonne connaissance de la cuisine haut de gamme ou les moyens financiers pour pouvoir voyager en Europe et se les approprier.

Le monde du vin est raciste

Puisque le monde du vin est élitiste, il révèle aussi une forme de racisme. Le langage d’exclusion fait partie d’une exclusion plus large. Les propriétaires de chais et les vignerons doivent maîtriser cette langue et ces descripteurs afin d’interagir avec les distributeurs, les détaillants et les clients.

Conséquence de cette situation : seulement 1% des vignobles américains ont un homme de couleur comme propriétaire ou chef de cave.

Le monde du vin est sexiste

Toujours selon son point de vue, il est aussi évident que le monde du vin est sexiste. Esther Mobley nous explique alors qu’il est commun d’utiliser les notions de « vin masculin » et « vin féminin » pour décrire les cuvées. Un vin masculin est agressif et musclé; un féminin, délicat et floral.

Elle poursuit son discours en expliquant que cette comparaison ne s’arrête pas là. Il est aussi souvent question de « slutty wine » – en français, nous parlons plus aisément de vin putassier » -, utilisant la comparaison entre un vin dégusté et le physique de Pamela Anderson ou Kate Moss. Cette comparaison est utilisé pour décrire tantôt un vin riche et voluptueux, tantôt un vin mince et tendu.

Le vin est-il vraiment élitiste, raciste et sexiste ?

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Cet article me semble plutôt être une tentative désespéré de faire un buzz, même mauvais. Selon moi, si elle avait véritablement réfléchi tout l’été à la situation, ses conclusions auraient été bien différentes.

Le vin est-il vraiment élitiste ?

Le vin n’a rien d’un monde élitiste comme Esther Mobley se plaît à le vouloir. En effet, il s’ancre dans une culture qui lui est étrangère. Les descripteurs ont été dressés pour trouver un langage commun pour décrire un vin. Ces arômes étaient alors intelligibles dans les grands pays producteurs de l’Europe. Cependant, ces descripteurs ne sont pas limités à quelques mots franchouillards comme pâte de fruit ou garrigue. Il n’est pas interdit de parler d’arômes de Corossol, de feuilles de Combava ou encore de Gingembre qui ne sont pas propres à l’Europe. La description d’un vin est trop subjective pour se limiter à quelques arômes appris bêtement.

La seule limite à notre capacité de décrire un vin est notre seule connaissance des arômes.

Le vin est-il vraiment raciste ?

Pour ces mêmes raisons, la description d’un vin n’en est pas plus raciste. Jamais personne a refusé l’utilisation d’un descripteur simplement parce qu’il venait d’une culture différente.

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Cependant, il est aujourd’hui à déplorer qu’une forme de racialisation du vin s’est opéré après la parution de cet article. En effet, de nombreux articles sont apparus visant à lister les domaines détenus par des personnes de couleur. Jamais personne n’est venu me demander un vin utilisant des critères de sexe, de couleur ou encore de religion… Le choix d’un vin se fait par rapport à son style, sa capacité à s’accorder ou non avec un plat, alors pourquoi diviser ce qui ne l’est pas ?

Le vin est-il sexiste ?

Je ne suis pas plus certains que les descripteurs du vin soient sexistes. Bien qu’intelligible dans l’imaginaire collectif, les notions de « vin masculin ou féminin » sont particulièrement peu utilisées dans le monde professionnel – sauf par quelques grands noms de la dégustation semble-t-il -.

Existe-t-il une forme de sexisme à utiliser un descripteur comme pêche de vigne, tabac ou humus ?

Où est le problème ?

Finalement, cet article relève d’un problème plus large. Les États-Unis sont actuellement traversés par des tensions fortes sur les sujets du racisme et du sexisme. Il est alors aisé de faire un article sensationnel avec ces thèmes. Certainement, Esther Mobley s’est levée un matin en se demandant comment intégrer ces mots dans un article consacré au vin.

Comme le dit si bien un internaute en commentaire de l’article « 23 Black-Owned Wineries Worth Supporting Right Now »  :

Je suis assez confus par ce que dit cet article. Suis-je censé juger un vignoble ou un vin par la couleur de la peau, non pas du raisin, mais du vigneron ou du propriétaire ? Je ne vis pas aux États-Unis mais je visite régulièrement des vignobles en France, Espagne, Italie et Angleterre. Aidez-moi, s’il vous plaît !

Faire entendre au monde que nous manquons d’imagination lors de la description d’un vin est une chose, mais de vouloir le rendre sexiste, élitiste et raciste en est une autre. Pour la petite blague, voici Esther Mobley prenant un jet pour nous parler aujourd’hui d’élitisme dans le monde du vin :

Cet article révèle surtout la trop grande importance que nous donnons aux critiques de vin…  cherchant à utiliser toujours plus de descripteurs abscons pour montrer l’étendue de leur savoir.

En terme de conclusion, Esther Mobley évoque le mot « petrichor », un mot compact désignant l’odeur que dégage une route goudronnée après la pluie. Un dérivé grec ésotérique intelligible donc de tous selon elle… Est-il aussi universel que ça ? Existe-t-il au moins un arôme universel ? Ou sont-ils tous aussi subjectifs les uns que les autres puisque faisant appel à nos sens ?

Je suis curieux : que pensez-vous de cet article d’Esther Mobley ? Êtes-vous d’accord avec elle sur le fait que les descripteurs utilisés pour décrire le vin sont racistes, sexistes et élitistes ? Ou pensez-vous au contraire que cela va trop loin ?

Jean-Nicolas Mouretin

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